Peau Neuve : les plus belles histoires de L'Occitane !

Un frisson, une caresse, un tatouage, un parfum,... nombreux sont les souvenirs qui se nichent au creux de la peau, comme autant d’expériences de vie. Redécouvrez la nouvelle inspirée et inspirante de Barbara Israël, imaginée à l’occasion du concours sensoriel célébrant les 40 ans de L’Occitane en Provence !
Par L'Occitane en Provence

PEAU NEUVE

           J’observai le duvet de mes avant-bras se dresser en chœur, faisant de chacun d’eux un petit champ de blé doré par le soleil et caressé par la brise. 

Je ne pouvais le nier. J’éprouvais une immense émotion à retrouver cette baie qui m’était à la fois si familière et si lointaine. Ici, c’était l’enfance, l’adolescence, les premiers émois, les rêves fabuleux, la musique cajolante et ouatée de la plage. C’est dans ce même décor sublime que ma peau avait appris à filtrer les sensations pour que seuls s’en dégagent les arômes et le parfum subtils dont aujourd’hui mon âme était inondée d’une fraîcheur intacte.

Le moment du retour à soi se révélait si délicieux que je me reprochai d’avoir attendu si longtemps pour me l’autoriser. Plongée dans l’ivresse et la vitesse de ma vie à Paris, j’avais négligé l’essentiel et asphyxié mes sens.

Et puis il y eut ce fameux matin où, m’observant dans le miroir de ma salle de bains, j’eus bien du mal à me reconnaître. Le temps avait filé, presque à mon insu. Si l’essence de mon être n’était plus qu’un vague souvenir se débattant dans les remous capricieux de ma mémoire, je désirais voir ses effluves naturels émerger de nouveau à la surface de ma vie.

J’avais laissé ma peau se tanner et faire de moi un être imperméable au monde et à lui-même. La veille au soir, alors que je me trouvais dans le métro, j’avais eu une alerte, un sentiment de lassitude à constater la mine que finissent par donner les mégapoles aux gens qui ont trop épousé leur rythme, leur couleur, et leurs nécessités. Cela faisait bien longtemps que je ne regardais plus vraiment ni les autres, ni moi-même. Mais la seule quête qui avait un sens était l’harmonie avec soi, avec la nature et avec les autres. À trop faire mine de l’oublier on finissait par se perdre.

            Plus que tout, je voulais récupérer ma vigilance, prendre soin de mes désirs, de mes émotions et de mes plaisirs comme celui de sentir ce parfum sucré d’huile solaire qui à l’instant venait de passer sous mon nez, de me titiller les narines avant de s’enfuir comme un baiser volé.

            Je descendis les escaliers qui menaient à la plage et me dis qu’épurer le décor trop chargé de mon existence serait la plus sage des décisions. Seuls les plaisirs simples me feraient retrouver le goût de la joie. Déjà à l’affut, je passai le bout de ma langue sur mes lèvres où s’était déposée une fine couche de sel marin.

Alors que sous mes pieds craquaient les galets, je fus saisie par le bonheur indicible de retrouver leur contact lisse et frais. Il y avait fort longtemps que je ne m’étais plus entraînée à marcher sur cette étendue indisciplinée, mais l’exercice me sembla aisé et délectable. La plante de mes pieds épousait chaque aspérité dans une harmonie qui me surprit. Tout en marchant, je fixai la ligne d’horizon qui divisait le bleu du ciel et de la mer.       
Au fond, ce petit parcours qui me menait des escaliers au bord de l’eau m’enseignait davantage sur l’évolution de mes attentes que les cinq années qui avaient précédé. Désormais, il s’agirait de faire corps avec le cours de la vie sans chercher à mener un combat perdu d’avance. Le fait de vieillir me faisait souffrir, j’avais omis de prendre en compte combien ces empreintes que le passage du temps laissait sur moi m’enrichissaient de sagesse et de sérénité. Les priorités n’étaient plus le mêmes…

Le corps caressé par ce soleil d’hiver et de midi, j’eus la certitude de vouloir continuer ma traversée au ralenti.

Non loin de moi, un homme et une femme avec deux petites filles assises côte à côte en contrebas, dégustaient leur Pan Bagnat. A la dérobée, j’observai leurs petits doigts encore gonflés d’enfance et dégoulinants d’huile d’olive porter le sandwich à leurs lèvres avec gourmandise. Dans cet écrin bleu qu’était la plage, ce matin-là, pas un mot n’eut le mauvais goût de venir troubler leur festin. Un sourire simple, sans arrière-pensées, émanant du plus profond de mon âme, vint éclairer mon visage.  J’étais moi aussi venue avec mes parents pique-niquer au bord de l’eau, j’avais moi aussi joui de cette enfance pleine d’amour sublimée par la proximité de la Méditerranée. J’avais cru avoir oublié ces sensations du corps et du cœur réchauffés, la vision de cette immense mer d’huile et de ce soleil rasant, mais tout affleurait de nouveau  dans l’élan d’un frisson vertigineux.

Portée par l’euphorie de ces réminiscences, je remontai les revers de mon jean aux genoux et descendis le petit monticule de galets. C’est avec une euphorie égale que je  pris contact avec le ressac et m’avançai dans l’eau. Le froid qui saisit mes orteils fut immédiatement suivi d’une vague de chaleur qui chemina jusqu’à la cime de mon crâne. Dans un élan spontané, je me retournai de nouveau vers les deux petites filles. L’une d’elles était en train de me regarder. Dans ses yeux, je perçus une tendresse qui ne minaudait pas. Ce regard était bien celui de cette petite fille dont j’ignorais tout mais aussi celui de mon enfance. Si je me reconnaissais en elle, c’est que rien ne mourrait vraiment. Sous la peau, l’essence de l’être restait aussi intègre et aussi jeune qu’on le souhaitait. La prégnance de cette sensation d’éternité substitua l’extase à la peur. Mon corps se détendit d’un coup et devint aussi léger qu’une mèche de cheveux balayée par le vent.

En faisant un pas de plus vers l’horizon, j’aperçus mon reflet mouvant à la surface de l’eau. Il oscillait sans cesse entre celle que j’étais alors et celle que j’étais devenue, mais pas de doute, c’était bien moi, au sud de ma vie.

Concours L’Occitane : partagez vos plus belles histoires !
© iStock - AleksandarNakic

Pour célébrer par les mots l’anniversaire de la marque aux senteurs provençales, retrouvez également la seconde nouvelle pensée pour l’évènement, signée Sandrine Gérin.
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Sans oublier les créations des trois lauréats qui ont pris la plume pour nous confier leurs meilleurs souvenirs liés à la peau.
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